Les kanji en bref
Les kanji sont les caractères d'origine chinoise de l'écriture japonaise. Chacun porte un sens et se lit d'une ou de plusieurs façons : 人 veut dire « personne », 山 « montagne », 日 « jour » ou « soleil ». Dans une phrase, ils côtoient les deux syllabaires japonais : les hiragana, qui portent la grammaire, et les katakana, qui notent les mots venus d'ailleurs. Dans 私はパンを食べます (watashi wa pan o tabemasu, je mange du pain), 私 et 食 sont des kanji, パン est écrit en katakana et le reste en hiragana.
La liste officielle des kanji d'usage courant en compte 2 136. C'est beaucoup, mais ils ne se valent pas. Nous avons compté 12,3 millions de kanji dans 3,6 millions de phrases et de répliques en japonais : des phrases de tous les jours, de la presse, des articles de Wikipédia et des sous-titres de films. Résultat : les 100 kanji les plus fréquents font à eux seuls environ 39 % des kanji d'un texte, les 500 premiers 78 % et les 1 000 premiers 93 %.
Ce guide vous donne ces 100 kanji, vous dit combien il en faut selon votre objectif et propose un plan de 10 kanji par jour, dans l'ordre où vous les rencontrerez. Vous partez de zéro ? Commencez par nos guides des hiragana et des katakana : les kanji ne s'utilisent jamais sans eux.
Lecture on, lecture kun : pourquoi un kanji a plusieurs sons
La plupart des kanji ont deux types de lecture. La lecture on (on'yomi) vient de la prononciation chinoise et sert surtout dans les mots de deux kanji ou plus. La lecture kun (kun'yomi) est japonaise : on l'utilise quand le kanji est seul ou suivi d'hiragana.
Prenez 日. Il se lit nichi dans 日本 (Nihon, le Japon) et 毎日 (mainichi, tous les jours), jitsu dans 本日 (honjitsu, aujourd'hui), hi quand il est seul (le jour, le soleil), bi dans 日曜日 (nichiyōbi, dimanche) et ka dans 三日 (mikka, le 3 du mois). Ce n'est pas une exception : parmi nos 100 kanji les plus fréquents, 97 ont au moins deux lectures dans le dictionnaire KANJIDIC2.
La leçon est simple : n'apprenez pas un kanji comme une liste de sons. Apprenez-le dans un ou deux mots que vous allez vraiment lire, comme 毎日 et 日本. La bonne lecture vient avec le mot.
Combien de kanji existe-t-il ?
Les grands dictionnaires en recensent plus de 50 000, comme le Dai Kan-Wa Jiten, mais la plupart sont rares ou anciens. Pour la vie de tous les jours, le Japon a fixé en 2010 la liste des jōyō kanji, les « kanji d'usage courant » : 2 136 caractères, avec leurs lectures officielles. C'est ce qu'un Japonais apprend pendant sa scolarité, et 1 026 d'entre eux sont enseignés à l'école primaire, environ 200 par an. S'y ajoutent 863 jinmeiyō kanji, autorisés pour les prénoms.
Et le JLPT, l'examen officiel de japonais ? Il ne publie plus de liste de kanji depuis sa réforme de 2010, comme l'explique sa foire aux questions. Les chiffres qui circulent, environ 100 kanji pour le N5 et 2 000 pour le N1, sont des estimations d'écoles et de sites d'apprentissage.
Combien de kanji faut-il connaître ?
Voici ce que couvre chaque palier dans nos textes, avec le temps qu'il faut pour l'atteindre à 10 nouveaux kanji par jour.
Ces chiffres comptent les kanji que vous reconnaissez, pas les mots que vous comprenez. Ils restent un bon repère : passé 1 000 kanji, chaque nouveau kanji ajoute très peu.

Lecture : les 160 kanji de 2e année font à eux seuls près d'un quart des kanji d'un texte, plus que les 1 110 kanji du collège et du lycée réunis.
La liste officielle elle-même est très inégale. Les 1 026 kanji de l'école primaire font 86,6 % des kanji d'un texte. Les 1 110 kanji appris au collège et au lycée, plus de la moitié de la liste, n'en font que 12,4 %. Et 126 kanji officiels apparaissent moins d'une fois sur 100 000 kanji, comme 朕 (le « nous » de l'empereur), 璽 (le sceau impérial) ou 弐 (« deux » dans les actes officiels). Vous pouvez les garder pour la fin.
Les 20 kanji que vous lirez le plus
Voici les 20 kanji les plus fréquents de nos quatre corpus, avec leurs principales lectures et un mot courant pour les retenir. La lecture on est donnée d'abord, la lecture kun ensuite.
Trois kanji de cette liste, 彼, 私 et 何, sont surtout des mots de dialogue. Ils sont tout en haut dans les sous-titres et dans les phrases d'exemple, souvent traduites de l'anglais, mais loin derrière dans la presse : 私 n'y est que 413e. Le tableau suivant le montre.
Ce que vous lisez change l'ordre
Un kanji fréquent dans un manga ne l'est pas forcément dans un journal. Voici le rang de quelques kanji dans chacun de nos quatre corpus.
Si vous voulez regarder des animés ou des dramas, 私, 何, 君 (tu) et 俺 (moi, au masculin familier) arrivent très tôt. Si vous visez la presse, ce sont plutôt 年, 日, 会, 市 (ville) et 発 (départ, annonce). Le cœur reste le même : 人 est dans les cinq premiers partout. La liste ci-dessous mélange les quatre types de textes à parts égales.
Les 100 kanji les plus fréquents
Après les 20 premiers, voici les rangs 21 à 100, chacun avec son sens principal. Pour la lecture, cherchez le kanji dans un mot : un dictionnaire comme imiwa? (sur iPhone), qui accepte les recherches en français, le fait en une seconde.
Par où commencer : la fréquence, pas l'école
Les écoliers japonais apprennent les kanji dans un ordre fixé par le ministère : 80 en première année, 160 en deuxième, puis environ 200 par an jusqu'à la fin du primaire, au bout de six ans. Les premiers sont surtout des kanji simples à tracer et proches du monde d'un enfant : 一, 二, 三, 山, 川, 犬 (chien), 貝 (coquillage). Pour un adulte qui veut lire, cet ordre est lent.

Lecture : pour un même nombre de kanji appris, l'ordre par fréquence fait reconnaître bien plus de kanji d'un texte que l'ordre de l'école, surtout au début.
Nous avons comparé les deux ordres. Les 80 kanji de première année couvrent 16,3 % des kanji d'un texte ; les 80 kanji les plus fréquents en couvrent 35 %. Après 240 kanji, c'est 40 % contre 59 %. L'écart ne se referme qu'à la fin du primaire : 86,6 % contre 93 % après 1 026 kanji.
La raison saute aux yeux dans la liste de première année. 六, 七 et 九 (six, sept, neuf) y figurent, mais ils se classent entre le 1 069e et le 1 094e rang dans nos textes, parce qu'aujourd'hui on écrit le plus souvent les nombres en chiffres arabes. 竹 (bambou) est 1 305e et 貝 (coquillage) 1 784e. À l'inverse, 事 (chose), 間 (intervalle) et 会 (rencontrer), tous dans le top 20, attendent la deuxième ou la troisième année.
L'ordre par fréquence a une limite : il ignore la forme des kanji. Beaucoup sont faits de morceaux plus simples : 明 (clair) réunit 日 (soleil) et 月 (lune), 休 (se reposer) montre une personne 亻 adossée à un arbre 木. Un bon compromis : suivre la fréquence, mais apprendre d'abord un morceau quand il revient dans plusieurs kanji. C'est le principe de la méthode Heisig, adaptée en français par Yves Maniette dans Les kanji dans la tête (1998) : elle range les kanji par composants et associe à chacun une petite histoire. Elle convient si vous voulez d'abord retenir le sens et l'écriture, les lectures venant ensuite.
Un plan de 10 kanji par jour
Le plan tient en trois règles.
Chaque jour, prenez les 10 kanji suivants de la liste par fréquence. Pour chacun, notez le sens et un ou deux mots courants qui le contiennent, avec leur lecture, par exemple 日 avec 毎日 (mainichi) et 日本 (Nihon).
Révisez de façon espacée : le lendemain, trois jours plus tard, une semaine plus tard, puis à intervalles de plus en plus longs. C'est l'idée de la méthode des J que connaissent bien des lycéens. Une méta-analyse de 317 expériences montre que l'écart entre les révisions compte : plus on veut retenir longtemps, plus il faut espacer (Cepeda et al., 2006). Notre article sur la courbe de l'oubli explique pourquoi.
Interrogez-vous au lieu de relire : cachez le sens et la lecture, essayez de les retrouver, puis vérifiez. Dans une étude publiée dans Science, des étudiants qui apprenaient du vocabulaire étranger ne gagnaient rien à le relire encore, alors que se tester améliorait nettement leur souvenir une semaine plus tard (Karpicke et Roediger, 2008).
À ce rythme, vous atteignez les paliers du tableau plus haut : 100 kanji en 10 jours, 1 000 en 100 jours, la liste officielle en 7 mois environ. Ce que ces chiffres ne disent pas : reconnaître 93 % des kanji d'un texte ne veut pas dire comprendre 93 % du texte. Il reste les mots inconnus, les lectures inhabituelles et la grammaire. Nos pourcentages sont aussi un peu optimistes : si l'on calcule l'ordre sur trois corpus et qu'on le teste sur le quatrième, on perd 1 à 3 points (91 % au lieu de 93 % pour 1 000 kanji). Enfin, à 10 nouveaux kanji par jour, les révisions s'accumulent vite : si vous manquez de temps, réduisez le nombre de nouveaux kanji plutôt que de sauter des révisions.
Les outils pour apprendre les kanji
Un carnet suffit pour noter les mots. Pour les révisions espacées, une application tient le calendrier à votre place. Voici ce que nous avons vérifié sur l'App Store et Google Play français.
Méfiez-vous des applis abandonnées, nombreuses dans cette catégorie : sur l'App Store français, Kanji Garden et Kanji GO n'ont plus été mises à jour depuis 2020, et Kanji Memory Hint, de la Japan Foundation, depuis novembre 2023 (vérifié le 02/11/2026).
Et après ?
Une fois 300 à 500 kanji en poche, passez aux vrais textes. Les articles simplifiés de NHK News Web Easy ont des furigana, la lecture écrite en petit au-dessus des kanji, et vous montrent vos kanji en situation. Notez chaque mot nouveau sur une carte avec sa phrase, et quand un kanji vous résiste, cherchez-le dans un mot plutôt que de le répéter seul.
Si vous ne voulez pas recopier ces 100 kanji à la main, collez la liste dans Mindomax : l'appli en fait des cartes et vous dit quand les revoir, et vous pouvez l'essayer gratuitement.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de kanji ?
Plus de 50 000 dans les grands dictionnaires, mais 2 136 dans la liste officielle d'usage courant fixée en 2010, dont 1 026 appris à l'école primaire. Dans nos 12,3 millions de kanji comptés, 5 558 kanji différents apparaissent, et les 2 136 de la liste officielle font 99 % du total.
Combien de kanji faut-il connaître pour lire le japonais ?
Environ 1 000 pour reconnaître 93 % des kanji d'un texte courant, et 2 000 pour 99 %. Pour vraiment lire, il faut aussi connaître les mots et leurs lectures : apprenez les kanji à travers le vocabulaire.
Quelle est la différence entre hiragana, katakana et kanji ?
Les hiragana et les katakana notent des sons, 46 signes de base chacun ; les kanji notent des sens. Une phrase mélange les trois : des kanji pour le cœur des mots, des hiragana pour la grammaire, des katakana pour les mots étrangers. Dans nos textes, les kanji font de 26 à 40 % des caractères japonais.
Par quels kanji commencer ?
Par les plus fréquents : 人, 日, 大, 年, 一, 出, 行, 事, 見, 時... Les 100 premiers de notre liste couvrent environ 39 % des kanji d'un texte, contre 16 % pour les 80 kanji de première année de l'école japonaise.
Combien de kanji apprendre par jour ?
Il n'y a pas de chiffre idéal. À 10 par jour, vous atteignez 1 000 kanji en 100 jours et la liste officielle en 7 mois environ ; à 5 par jour, comptez le double. Choisissez un rythme que vous pouvez tenir avec toutes les révisions.
Faut-il savoir écrire les kanji à la main ?
Pas pour lire. Le rapport officiel qui accompagne la liste de 2010 précise qu'elle n'exige pas de savoir écrire tous ces kanji de mémoire, puisqu'on écrit surtout au clavier. Tracer un kanji aide quand même à le retenir et à distinguer ceux qui se ressemblent.
Les kanji sont-ils les mêmes que les caractères chinois ?
Ils viennent des caractères chinois, mais ils ont évolué à part. Le Japon a simplifié certains caractères autrement que la Chine : « esprit » s'écrit 気 au Japon, 气 en Chine continentale et 氣 à Taïwan. Le sens peut aussi changer : 手紙 veut dire « lettre » en japonais, alors que 手纸 désigne le papier toilette en chinois.




